Un jour creux

Mon Louvre par Antoine Compagnon

Un jour creux

En général, je l’avoue, j’évite la salle des États (Denon, 711), dans laquelle on circule à sens unique entre les barrières qui contrôlent les foules. Aujourd’hui, en milieu de semaine, on a le droit d’entrer par la sortie. C’est que l’on se presse moins devant la Joconde, Monna ou Mona Lisa. Seules une petite centaine de visiteurs s’entassent entre les longs rubans. J’ignore qui a inventé ce système, mais le brevet lui a certainement rapporté une fortune. Pour les touristes, il doit être plaisant de retrouver devant le tableau le plus célèbre du monde (j’ose le dire) les mêmes rubans qu’à leur arrivée à l’aéroport pour canaliser le flux des voyageurs, et un temps d’attente à peine moins long qu’à la police des frontières. Tous, ou la plupart, prennent une photo de Mona avec leur téléphone haut tendu par-dessus la tête de leurs devanciers, alors que de meilleures reproductions sont disponibles sur internet. Mais il s’agit de rappeler leur présence réelle, de conserver un témoignage. Cette photo ne sera probablement jamais montrée (tout le monde connaît la Joconde), mais elle rend hommage à Léonard, à Mona, au Louvre.