Aller à Carthage, retour au Louvre

Mon Louvre par Antoine Compagnon

Aller à Carthage, retour au Louvre

Il m’a fallu un détour par Tunis pour m’arrêter enfin dans une salle du Louvre que j’ai souvent traversée sans y prendre garde. Il faut dire qu’elle est à la fois un passage et un cul-de-sac. Je m’explique. À Tunis, j’ai revu le site archéologique de Carthage, que je n’avais plus visité depuis mon enfance : le quartier punique, les villas romaines, les thermes d’Antonin, enfin le tophet de Salammbô, où des stèles commémorent les enfants qui auraient été sacrifiés à la déesse Tanit, légende aujourd’hui disputée. De retour, je me précipite au Louvre et passe un long moment à étudier l’immense collection de stèles puniques qui fait l’objet d’une exposition dans la salle d’actualité des antiquités du Proche-Orient (Richelieu, salle 233). À Carthage, mon guide avait exagéré en me faisant croire qu’elles avaient presque toute disparu lorsque le navire qui les rapportait en France avait coulé dans le port de Toulon. La salle est prodigieusement intéressante. Elle retrace l’histoire des missions archéologiques du XIXe siècle à Carthage, commente avec soin les motifs et les ex-voto gravés sur les stèles, explique la campagne de restauration qu’elles viennent de connaître. Dépêchez-vous, car j’ignore quand fermera cette exposition