La souffrance même

Mon Louvre par Antoine Compagnon

La souffrance même

L’original en marbre de la Vierge de douleur de Germain Pilon, achevé en 1586 et destiné à la rotonde des Valois, leur chapelle funéraire à la basilique de Saint-Denis, a beaucoup erré avant de se retrouver à l’église Saint-Paul-Saint-Louis, dans le Marais. C’est l’occasion de rappeler qu’au sortir du Louvre, le visiteur ferait bien de s’aventurer dans quelques églises parisiennes comme celle-ci, où il admirera aussi Le Christ en agonie au jardin des oliviers d’Eugène Delacroix, avant de marcher moins d’un quart d’heure, d’en profiter pour une halte place des Vosges, jusqu’à la Déposition de croix du même Delacroix à l’église Saint-Denys-du-Saint-Sacrement, rue de Turenne. La Piéta, la Vierge de Pitié tenant le corps de son fils sur ses genoux, et la Vierge de Douleur, seule sur le rocher du calvaire, les bras lamentablement ramenés sur la poitrine, ce sont les deux images les plus touchantes de l’iconographie chrétienne, la représentation pure de la souffrance. Et je préfère au marbre la terre cuite du modèle du Louvre, plus humble, plus proche, plus vivant. La terre blanchie et sa polychromie délavée ajoutent à la désolation. J’ai vu la Vierge de douleur il y a quelques semaines et n’ai pas pu la quitter de longtemps, mais quand j’ai voulu me recueillir de nouveau auprès d’elle, je ne l’ai plus trouvée. Elle n’est pas exposée au jour où je la décris. Rassurez-vous, elle reviendra sous peu (Richelieu, salle 214, RF 3147).